Fraude aux moyens de paiement : quand le risque vient aussi de votre entourage
Lorsqu’on parle de fraudes bancaires, on imagine spontanément qu’elles sont systématiquement orchestrées par des pirates informatiques anonymes, des professionnels de l’escroquerie, des bandes organisées… C’est oublier qu’une autre forme d’arnaque, plus insidieuse, existe aussi : les fraudes commises par un proche… Explications.
Dans ce type d’escroquerie, le fraudeur n’est pas un inconnu. Mais un membre de la famille, un ami, un aidant, une relation professionnelle…. La confiance, qui est a priori le ciment qui nous relie à nos proches, devient alors l’angle d’attaque principal exploité par certaines personnes du cercle relationnel. Ces fraudes sont donc particulièrement insidieuses. Elles s’installent dans le quotidien des victimes, et souvent dans la durée. Elles se nourrissent de liens affectifs, de dépendance ou de culpabilité. Elles sont donc d’autant plus difficiles à détecter… et à dénoncer.
De qui cette fraude peut-elle venir ?
On parle de fraude « par des proches » dès lors que la personne qui détourne, ou utilise abusivement, vos moyens de paiement appartient à votre cercle de confiance. Il peut s’agir notamment :
- D’un membre de la famille : conjoint, ex-conjoint, enfant, parent…
- D’un ami ou d’un voisin : une personne à qui l’on rend service, que l’on reçoit régulièrement
- D’un aidant ou d’un professionnel de confiance : auxiliaire de vie, aide à domicile, ou personne de confiance qui accompagne dans les démarches administratives ou bancaires
- D’un collègue ou d’un associé : dans le cadre d’une entreprise ou d’une association
- D’un inconnu qui établit une relation de confiance (par exemple, via les réseaux sociaux…)
Dans tous les cas, la mécanique de base est la même : le fraudeur profite d’un accès facilité à vos informations bancaires (carte bancaire, RIB, identifiants de connexion à vos services de Banque à distance) et du climat de confiance qui réduit votre vigilance.
Les principaux scénarios de fraude de proximité
La fraude par négligence ou excès de confiance
Le cas le plus courant, souvent minimisé, consiste à laisser ses moyens de paiement ou ses données personnelles accessibles — ou encore à partager volontairement son code de carte bancaire, ses identifiants ou l’usage de sa carte — ce qui conduit peu à peu à des usages dépassant ce qui avait été convenu.
Le « proche » peut alors :
- Utiliser vos moyens de paiement en effectuant des retraits cartes ou des paiements par chèque ou carte
- Consulter vos comptes bancaires
- Effectuer des achats en ligne non autorisés ou procéder à des augmentations discrètes des montants prélevés
- Mettre en place des prélèvements pour régler des dépenses qui ne vous concernent pas
On ne parle pas toujours immédiatement de ce type de fraude dont on a été victime, parfois par honte d’avoir été trop confiant, parfois pour éviter le conflit familial. Pourtant, il s’agit bien d’une utilisation abusive de vos moyens de paiement.
L’abus de faiblesse
Certaines fraudes s’appuient sur la vulnérabilité d’une personne. Un proche, un aidant ou un voisin soi-disant « serviable » propose alors de :
- Gérer les retraits d’espèces
- Faire les courses avec la carte de la personne
- S’occuper des factures et abonnements en ligne
- Consulter et « organiser » les comptes bancaires
Progressivement, ce proche prend la main sur les finances de sa victime : retraits plus fréquents, paiements personnels, nouveaux abonnements, transferts vers son propre compte. La victime se sent en confiance et contrôle moins ses opérations bancaires.
La fraude à l’amitié ou au « service »
Dans ce scénario, l’auteur exploite une relation d’amitié ou de confiance pour obtenir un accès ponctuel aux moyens de paiement, puis en abuser. Il peut s’agir, par exemple :
- D’un ami en difficulté qui demande « un coup de main » pour utiliser votre carte, votre chéquier ou votre compte pour « quelques jours »
- D’un proche qui emprunte votre carte pour régler un achat en promettant de vous rembourser, puis multiplie les utilisations
- D’une personne qui se fait passer pour un « associé de confiance » et demande à obtenir la procuration sur les comptes bancaires pour « simplifier » leur gestion
L’argument est souvent le même : l’urgence, la complication administrative, la promesse de remboursement rapide. La relation affective ou amicale sert de bouclier pour désarmer votre prudence.
- Lire l’article Fraude à l’amitié en ligne pour plus de détails
La fraude dissimulée dans le couple
Enfin, certaines fraudes se jouent au sein du couple, en particulier lors de tensions, de séparation ou de violences conjugales :
- Utilisation de la carte bancaire ou du chéquier de l’autre à son insu
- Modification des codes d’accès aux services de Banque à distance
- Ouverture de crédits à la consommation au nom de l’autre conjoint
- Retrait intégrale des fonds sur des comptes communs ou des comptes des mineurs avant une séparation, voire clôture de ces comptes
Beaucoup de victimes hésitent à parler de « fraude », car tout se déroule dans l’intimité du couple. Pourtant, le préjudice est bien réel.
Comment se prémunir de ces fraudes ?
Sans tomber dans l’excès de méfiance, quelques réflexes simples permettent de réduire fortement les risques de fraude et de protéger efficacement vos comptes comme ceux de vos proches.
1. Ne partagez jamais vos codes et vos identifiants
Vos éléments d’authentification — code PIN, identifiants et mots de passe de vos services de Banque à distance, codes temporaires reçus par SMS — sont strictement personnels et doivent être conservés de manière strictement confidentielle
Ils ne doivent être communiqués à aucun tiers, y compris à un proche, un conjoint ou un enfant.
Pour renforcer votre sécurité :
- Activez, dès que possible, un dispositif d’authentification forte tel que le Pass Sécurité(1) SG
- Ne communiquez jamais un code temporaire reçu de votre Banque
- Assurez-vous que votre téléphone est verrouillé en permanence
Ces pratiques simples vous garantissent un contrôle sur l’accès à vos comptes.
2. Surveillez régulièrement vos comptes
- Consultez vos relevés de compte et/ou vos opérations sur vos comptes via vos services de Banque à distance au moins une fois par semaine
Une vigilance régulière facilite la détection précoce d’anomalies et permet d’agir rapidement en cas de fraude.
3. Ne laissez jamais en libre accès ou en évidence :
- Votre carte bancaire
- Votre chéquier
- Votre téléphone non verrouillé
- Ou vos documents contenant des données personnelles
Cela limite les risques d’usurpation ou d’utilisation frauduleuse.
4. Protéger un proche vulnérable
Il est souvent possible d’agir en amont pour éviter qu’un proche vulnérable ne devienne la cible de fraudeurs. Par exemple :
- Sensibiliser la personne au fait qu’elle ne doit jamais communiquer un code, même pour « rendre service »
- Éviter qu’un membre de son entourage ait accès aux moyens de paiement, aux codes et aux comptes du proche vulnérable, etc.
- Mettre en place, si nécessaire, un mandat de gestion ou une mesure de protection juridique (curatelle, tutelle…), encadrée par le juge
Ces dispositifs permettent d’assurer un cadre sécurisé tout en respectant l’autonomie de la personne concernée.
Cela « n’arrive pas qu’aux autres » : prendre des mesures tôt n’est pas un signe de méfiance excessive, mais une manière responsable de se protéger.
Si vous pensez être confronté(e) à une tentative de fraude, consultez notre article « Comment réagir en cas de fraude bancaire ? ».
(1) Nécessite la souscription préalable à l’abonnement à des services de banque à distance (Internet, téléphone, SMS, etc.) et l’activation préalable au service depuis votre Espace Client
