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Zoom sur les cryptoactifs

Les cryptoactifs occupent désormais une place centrale dans les discussions sur l’avenir de la finance. Qu’il s’agisse de cryptomonnaies, devenues en quelques années des alternatives aux monnaies traditionnelles, ou des NFT, symboles de la propriété numérique, ces actifs suscitent autant d’intérêt que de questions. Pour un épargnant, il devient essentiel de comprendre en quoi ils consistent ainsi que les opportunités et les risques qu’ils représentent. Comment distinguer les promesses des pièges dans cet univers en pleine évolution ?

Comprendre les cryptoactifs : retour aux bases

Qu’est-ce qu’un cryptoactif ?

Un cryptoactif est une forme d’actif numérique dont la création repose sur la blockchain. Contrairement à un actif classique, un cryptoactif n’existe que sous forme numérique et n’est pas contrôlé par une autorité centrale comme une banque ou un État. Il fonctionne en dehors des circuits financiers habituels. Le terme « crypto » est lui hérité de la technologie employée, à savoir l’usage de la cryptographie qui permet par ailleurs de sécuriser les transactions et de garantir leur authenticité et leur propriété, en cryptant/décryptant des clés (publiques et privées) de façon asymétrique. A noter que souvent un raccourci est fait en résumant les cryptoactifs (ou les cryptos) aux cryptomonnaies, qui sont une catégorie particulière des cryptoactifs.

La blockchain est la technologie clé des cryptomonnaies. Il s’agit d’un système de stockage et de transmission d’informations, fonctionnant sans autorité centrale, avec un processus de validation non centralisé. Cette décentralisation permet de partager des informations de façon fiable, sans passer par un intermédiaire traditionnel, offrant ainsi une alternative directe pour les paiements et les échanges. Avec la blockchain, les transactions sont enregistrées de manière transparente, sécurisée et infalsifiable.

Quels sont les différentes formes de cryptoactifs ?

Il existe plusieurs formes de cryptoactifs, et plusieurs classifications selon l’angle retenu. Par souci de clarté, nous détaillons ci-après les 3 formes de cryptoactifs les plus connues : les cryptomonnaies, les NFT et les security tokens.

Les cryptomonnaies d’abord, avec des monnaies numériques comme le Bitcoin ou l’Ethereum, sont des actifs virtuels stockés sur un support électronique permettant à une communauté d’utilisateurs les acceptant en paiement de réaliser des transactions sans avoir à recourir à la monnaie légale. Elles sont échangées de pair à pair, sans passer par une banque commerciale ou une banque centrale et depuis le 30 décembre 2024, l’ensemble des dispositions du règlement MiCA est applicable. Pour les émetteurs de cryptoactifs comme pour les personnes ou plateformes qui souhaitent faire admettre à la négociation ces cryptoactifs, cela implique de se conformer à l’obligation de notifier aux autorités compétentes un livre blanc.Les plateformes distribuant des cryptomonnaies en France sont contrôlées par l’AMF.

Les NFT (pour « non-fungible token », ou « jeton non fongible » en français) sont des actifs numériques uniques, impossibles à dupliquer ou à échanger à l’identique, de par la façon dont ils ont été émis via la blockchain. Cette singularité les rend particulièrement adaptés pour certifier la propriété d’objets numériques, comme des images, des musiques, des vidéos ou des œuvres d’art. Chaque NFT est associé à un jeton inscrit sur une blockchain, qui enregistre son identité numérique, son créateur, son propriétaire et l’objet qu’il représente. Même si deux NFT peuvent sembler visuellement proches ou appartenir à une même collection, ils diffèrent toujours sur le plan technique et économique.

Les NFT peuvent être appliqués :

  • Dans l’art, où ils ont contribué à créer un marché pour les œuvres d’art numériques. Les NFT permettent aux artistes de vendre des œuvres numériques comme des originaux et de toucher des revenus lors de chaque revente ;
  • Dans le domaine des objets de collection, où les utilisateurs peuvent s’acheter, s’échanger et se revendre ces objets sur des plateformes dédiées ;
  • Dans l’immobilier virtuel, où les utilisateurs peuvent acheter des terrains ou des bâtiments dans des univers numériques comme les metaverses ou des jeux-vidéo.

Les security tokens enfin (« security » étant le terme anglais pour « titre ») sont des actifs numériques représentant des actifs financiers réels (actions, obligations, produits structurés,…). Leur fonctionnement même, ainsi que la fiscalité, sont similaires à ceux des actifs financiers qu’ils représentent, mais c’est leur émission au travers d’une blockchain qui diffère fondamentalement. Il s’agit donc de cryptoactifs très proches et similaires aux actifs financiers émis et gérés par les établissements financiers et bancaires, mais avec un processus d’émission puis de transaction transparent par recours à la blockchain.

Enfin, une mention à part concernant les ETP (pour « Exchange-Traded Product »), qui ne sont pas des cryptoactifs en tant que tels, mais des produits financiers pouvant être adossés à des cryptoactifs. Autrement dit, un ETP est un véhicule d’investissement coté en Bourse, pouvant reproduire la performance d’un ou plusieurs cryptoactifs. Il s’agit donc d’instruments financiers régulés par l’AMF et ne nécessitent pas de manipulation directement sur la blockchain par le client souhaitant en acheter ou en vendre.

Les cryptowallets : une technologie sous-jacente

Les cryptowallets sont des technologies cruciales pour les cryptomonnaies. Il s’agit de portefeuilles numériques permettant de stocker, recevoir et envoyer des cryptoactifs. Contrairement à un portefeuille classique, un cryptowallet ne contient que les clés numériques donnant accès aux cryptoactifs, pas les cryptoactifs en tant que tel. C’est d’ailleurs pourquoi certaines applications spécialisées tendent à parler de porte-clefs, plutôt que de portefeuille. Il faut savoir que les transactions échangées sur une blockchain sont cryptées et s’appuient sur des systèmes de clés (privées et publiques) de façon à sécuriser les échanges d’informations. Chaque détenteur de cryptoactif possède donc une clé privée qu’il doit être le seul à connaître et une clé publique qui sert d’identifiant dans ses échanges avec le reste de la communauté. La clé privée donne ainsi accès aux cryptoactifs détenus, et donc ce sont ces clés qui sont stockées dans le cryptowallet.

Les enjeux des cryptoactifs pour un épargnant

Le risque spéculatif

Les cryptoactifs sont notoirement volatils et ne reposent que sur la confiance que les communautés qui les utilisent acceptent de leur accorder. Le prix d’un Bitcoin peut fluctuer de manière spectaculaire en très peu de temps. En 2017 par exemple, le Bitcoin a vu son prix passer de 1 000 à 20 000 dollars avant de redescendre brusquement. Donc si les gains rapides sont possibles, les pertes potentielles le sont tout aussi, et les investisseurs doivent être prêts à accepter des fluctuations violentes.

De plus, une grande partie des investissements en cryptoactifs repose sur la spéculation, c’est-à-dire sur l’espoir de vendre plus cher que l’on a acheté. Cette approche peut être rentable, mais elle comporte un risque élevé de perte, surtout pour ceux qui ne sont pas familiers avec les marchés.

La sécurité des investissements

En raison de leur nature numérique, et du fait qu’ils reposent sur des clés cryptographiques pour prouver leur propriété, les cryptoactifs sont la cible d’attaques informatiques. Certaines plateformes d’échange ont déjà été piratées, révélant les vulnérabilités du marché. Pour s’assurer de ne pas perdre leur investissement, les épargnants doivent sécuriser leur portefeuille numérique.

La sécurité repose ainsi sur la protection des clés privées. Pour un épargnant, perdre cette clé revient à perdre l’accès aux cryptoactifs. Voici quelques-unes des bonnes pratiques de sécurité en la matière :

  • Utiliser un wallet sécurisé et reconnu est primordial. Évitez les applications inconnues ou mal notées et privilégiez un professionnel enregistré en tant que PSAN et répertorié sur cette liste blanche ;
  • Utiliser un portefeuille matériel (hardware wallet), c’est-à-dire une clé physique stockant les clés privées hors ligne et donc à l’abri des piratages. Cela peut être une solution intéressante pour les montants importants ;
  • Activer l’authentification à deux facteurs sur les plateformes d’échange ou les portefeuilles en ligne (avec un code par SMS ou via une application comme Google Authentificator) ;
  • Adopter un comportement vigilant en évitant les réseaux de wi-fi publics, en mettant régulièrement à jour ses logiciels ou en se méfiant de potentiel phishing.

La fiscalité des cryptoactifs

En matière de cryptoactifs, les régulations fiscales varient d’un pays à l’autre. En France, par exemple, les plus-values réalisées sur la vente de cryptoactifs par des contribuables, dans le cadre de la gestion de leur patrimoine privé, sont soumises au prélèvement forfaitaire unique à 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux). En fonction du montant de ses gains, l’épargnant doit donc déclarer ses revenus en respectant les taux d’imposition en vigueur. Les gains réalisés sur les NFT peuvent également être taxés de la même manière s’ils sont occasionnels. Les cessions de ces actifs réalisées à titre professionnel font l’objet d’une fiscalité différente. Les investisseurs doivent être conscients qu’ils sont tenus de déclarer leurs actifs numériques. La transparence fiscale devient en effet de plus en plus une exigence fiscale dans de nombreux pays.

Il existe néanmoins des différences entre les pays : certains sont plus flexibles, tandis que d’autres imposent une réglementation stricte. Ainsi, la Suisse est reconnue pour son environnement réglementaire ouvert et structuré. À l’inverse, la Chine a interdit purement et simplement le minage et les transactions en cryptomonnaies, invoquant des raisons de sécurité financière et de consommation énergétique. Les épargnants doivent donc se renseigner sur les obligations fiscales de leur pays de résidence.